Renationalisons nos autoroutes !

06/02/2017

À la rencontre des automobilistes, les parlementaires communistes et du Front de Gauche mènent campagne pour la renationalisation du réseau autoroutier.

Le scandale durera-t-il encore longtemps ?

Mise en page 1 - initia_101_-_copie.pdf

En ce mois d’octobre 2016, la scène se répète à plusieurs reprises. Un péage au petit matin, des automobilistes accueillant, souvent avec un geste d’acquiescement, un tract que leur tendent militants et élus, une banderole qui clame « Stop au racket » et demande « la renationalisation de nos autoroutes ». Des journalistes venus couvrir l’événement. À Chamant-Senlis dans l’Oise avec Jean-Pierre Bosino et Patrice Carvalho, à Incarville en Seine-Maritime avec Thierry Foucaud, à Grenoble en Isère avec Annie David, à Beaumont en Meurthe-et-Moselle avec Évelyne Didier et Patrick Abate, les parlementaires du Front de Gauche, députés et sénateurs, poursuivent leur campagne contre ce qu’ils qualifient de hold-up du siècle. Les bénéficiaires sont bien connus : Eiffage, Vinci et l’espagnol Albertis. Trois multinationales qui ont hérité de l’essentiel des concessions d’autoroutes quand, en 2005, le gouvernement de Jacques Chirac a décidé de privatiser totalement leur gestion. Depuis, c’est le jackpot permanent. Sur 100 euros payés par les automobilistes, 20 à 24 euros vont directement dans la poche des actionnaires. Avec une telle marge, les dividendes explosent. En dix ans, ces actionnaires ont perçu près de 20 milliards d’euros. Sur le GPS de la Bourse, aucun bouchon en vue pour les profits ! Pas vraiment dans le besoin, ces trois géants du bitume viennent pourtant d’obtenir un joli cadeau du gouvernement : le nouveau plan d’investissement autoroutier annoncé en septembre par Alain Vidalies, le secrétaire d’Etat aux Transports, sera financé exclusivement par les usagers et les collectivités locales. « Alors qu’un premier plan de relance autoroutier a été signé en 2015 pour 3 milliards d’euros financés par les sociétés concessionnaires en échange d’une prolongation de la durée de la concession, ce nouveau plan a été confirmé par le gouvernement, rappellent les sénateurs communistes, alors qu’aucun élément de bilan n’a été présenté sur ce premier plan, notamment en matière de création d’emplois.

La précipitation de l’exécutif semble discutable. Ce plan, à la différence du précédent, ne sera pas financé par les sociétés concessionnaires, mais par les particuliers, pracketar des hausses de 0,3 à 0,4 % des péages, et par les collectivités locales pourtant exsangues par la baisse des dotations. Or, le niveau de rentabilité pour les actionnaires des sociétés concessionnaires reste extrêmement élevé. Ainsi, dans une étude récente, les analystes financiers de la banque suisse UBS soulignent « l’extraordinaire solidité des marges des concessionnaires. Depuis 2005, Vinci a ainsi reversé plus de 9 milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires avec un taux de rentabilité à hauteur de 9 %. La vente des concessions a donc été une opération extrêmement intéressante pour les grandes sociétés du BTP. Nous dénonçons depuis longtemps cette situation qui a conduit à une privatisation du patrimoine autoroutier et de son usage, à la création d’une rente privée sur le dos des usagers et des pouvoirs publics. » Déposée en 2014 à l’Assemblée nationale et au Sénat par les parlementaires du Front de Gauche, la proposition de loi prévoyant la renationalisation du réseau autoroutier est donc plus que jamais d’actualité. Cette reprise en main par l’Etat est une nécessité absolue, juge Évelyne Didier, et elle est parfaitement possible comme la sénatrice de Moselle l’a montré lors d’une séance de questions d’actualité, le 27 octobre dernier : « Ces contrats de concession ne sont pas immuables. L’article 38 les concernant permet de les dénoncer au motif de l’intérêt général, sans alourdir la dette au sens des critères de Maastricht. Cette dénonciation permettrait enfin de s’engager dans la voie de la renationalisation pour retrouver la souveraineté publique sur les infrastructures et dégager des moyens financiers au service de la transition écologique et de l’aménagement du territoire. Nous le savons tous, les enjeux du ferroviaire, notamment, nécessitent de lourds investissements. À l’opposé d’une renationalisation, le gouvernement s’entête dans le choix de la privatisation du bien public au nom de l’emploi et de l’activité des travaux publics, laquelle n’est pas avérée, pour prétendument relancer la machine économique, relance qui n’est pas avérée non plus. Quand l’État cessera-t-il de brader le patrimoine public au profit des actionnaires ? Quand le gouvernement va-t-il enfin ouvrir la voie à la reconquête des moyens publics pour financer Intérêt général ? » Un gouvernement, et Jean-Marie Le Guen l’a confirmé une nouvelle fois ce jour-là dans sa réponse à l’élue, qui ne veut toujours pas entendre parler de cette hypothèse. Trop chère, quand les caisses sont vides et que l’austérité est érigée en dogme indépassable. Mais un rapide calcul bat en brèche l’argument. Le rachat à 100 % de ce patrimoine couterait 36 milliards d’euros, avec un emprunt remboursé dès 2029. À comparer aux 40 milliards d’euros de manque à gagner, si la situation demeure, pour les comptes publics jusqu’à 2032, année où les concessions arrivent à terme.

Alors pourquoi le scandale dure-t-il encore ?????

 

Publicités

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :