Perturbateurs endocriniens : la France capitule

10 Juillet 2017

La communauté scientifique demande que les perturbateurs endocriniens (PE) soient déclinés en trois catégories, s’inspirant du modèle des substances CMR (cancérogènes, mutagènes, toxiques pour la reproduction) : « avérés », « présumés » et « suspectés », comme proposé par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire), ce qui permettrait de prendre en compte les incertitudes concernant ces substances. Avoir trois niveaux de classification, cela permettrait de coller à la réalité. Dès lors que le produit va être en contact avec l’alimentation, le doute doit profiter au consommateur et non à l’industriel, et le produit doit être interdit.

Produits contenant des perturbateurs endocriniens. L’Humanité, 4 juillet 2017.

Selon les études réalisées, ce n’est pas la dose qui fait le poison mais le moment de l’exposition. Les conséquences sur les enfants sont visibles plus tard, les effets pouvant survenir longtemps après. Si l’on prend l’exemple de l’insecticide DDT, aujourd’hui interdit. On a longtemps dit qu’il n’avait aucun effet sur le cancer du sein. Mais une étude de 2015 a montré que trois femmes sur quatre exposées à ce produit chimique pendant leur grossesse avaient eu un risque de développer un cancer du sein à 40 ans. Ainsi, il a fallu cinquante ans pour montrer ce lien. C’est donc impossible d’imaginer ce type de preuve avec tous les produits suspectés d’être des PE… On ne peut que constater une augmentation de certaines maladies (diabète, puberté précoce). Pour le Dr Pierre-Michel Périnaud, Président de l’Association « Alerte des médecins sur les pesticides« , il faudrait développer notre approche de protection sanitaire, car les PE sont présents non seulement dans les pesticides, mais aussi dans de nombreux conditionnements alimentaires.

Mais, les affaires continuent, condamnant des millions de personnes, en particulier les plus fragiles (les femmes enceintes, les enfants). C’est d’autant plus insupportable qu’il y a un consensus absolu de la communauté scientifique sur le sujet.

LE MONDE | 04.07.2017 .

Le 4 juillet 2017 la Commission Européenne a soumis au vote sa définition des perturbateurs endocriniens – car ces substances toxiques n’avaient toujours pas trouvé de définition au niveau européen depuis 4 ans. Mais cette définition ne concerne que les PE présents dans les pesticides. Alors que certains, comme le bisphénol A, sont surtout présents dans les plastiques.

La France n’a pas non plus réussi à faire céder l’Allemagne sur un point particulier : une dérogation sur certains pesticides (fabriqués par l’industrie allemande), qui sont conçus pour perturber le système hormonal des insectes (seulement des insectes ?).

Pour plusieurs ONG et scientifiques la définition des PE retenue par la Commission Européenne reste insuffisante. Dès l’annonce de cette définition commune, l’ancienne ministre Corinne Lepage a dénoncé le changement de cap français et une « définition inacceptable », affirmant que les « lobbys de la chimie doivent sabler le champagne ».

Déjà, en juin 2017, trois sociétés regroupant de nombreux scientifiques spécialistes de la question avaient affirmé que la définition européenne était trop restrictive. Or, la version validée ce mardi 4 juillet par la France n’aurait pas évolué depuis, précise Le Monde.

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