Les retraités refusent de baisser la garde

Paris, jeudi 28.

« Les retraités en ont marre de prendre des coups. Alors on ne va pas s’arrêter là ! »

Ce jeudi, les pensionnés étaient nombreux à s’être mobilisés pour dénoncer la politique de Macron, de la hausse de la CSG jusqu’au gel des pensions. Une étape réussie qui apporte

de l’eau au moulin de la lutte contre les ordonnances.

LES COURSIERS TAKE EAT EASY EN ÉCHEC Estimant que les neuf anciens coursiers de la plateforme de livraison de repas, aujourd’hui en faillite, n’étaient pas des salariés, les prud’hommes de Paris se sont déclarés, mercredi, incompétents pour juger le recours des coursiers qui demandaient leurs requalifications en CDI. 700 C’est le nombre de suppressions d’emplois que représente l’économie de 50 millions d’euros demandée par l’État à l’audiovisuel public en 2018, selon les syndicats.

Un monde fou sur les marches de l’Opéra Garnier. Hier, des milliers de retraités ont manifesté à l’appel de neuf organisations syndicales et associations. Signe des temps, les drapeaux des têtes blanches côtoyaient sur l’esplanade les mannequins de la fashion week, mitraillés par les photographes. Intrigué par le spectacle, Francis, retraité de l’enseignement depuis 28 jours et militant FO, ne perd pas de vue ses objectifs : « Un cortège comme ça, avec autant de monde, c’est rare, ça fait du bien ! Je manifeste depuis le premier jour contre les ordonnances, je vais aussi perdre 1 000 euros par an avec la hausse de la CSG. Les retraités en ont marre de prendre des coups. Alors on ne va pas s’arrêter là ! Je n’ai pas voté pour Emmanuel Macron, il faut continuer à peser sur le gouvernement ! »

Alors que 8 millions d’aînés s’apprêtent à subir de plein fouet l’augmentation de 1,7 point de la CSG mais aussi le report de la hausse de 0,8 % des pensions d’octobre 2018 à… janvier 2019, Barbara Pompili, députée LREM, a encore essayé de les culpabiliser, leur enjoignant de « faire un petit effort », pour compenser les suppressions des cotisations sur la maladie et l’assurance chômage pour les salariés du privé. Dans les rangs des seniors, l’agacement est à son comble. Jean-Pierre Migné, ancien jardinier venu de Maisons-Alfort (Val-de-Marne), a dessiné sur sa pancarte deux bourricots en train de siroter un thé. « On nous prend pour des ânes, mais il faut se méfier, ils sont têtus ! Quand je vois que les yachts échappent à l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), ça m’a particulièrement marqué. Au quotidien, nous faisons déjà très attention, on ne fait aucune dépense excessive avec 1 100 euros de retraite. » Satisfait de l’ampleur de la mobilisation, il a aussi manifesté la semaine dernière contre les ordonnances. « J’ai été victime d’un patron voyou quand je travaillais, j’ai été devant les prud’hommes et j’ai pu obtenir des indemnités conséquentes, maintenant, c’est terminé ! » lance-t-il.

Jeudi matin, ils étaient plus de 2 000 à Bordeaux, 850 à Toulouse et encore 700 à Brest à refuser d’être les boucs émissaires budgétaires du gouvernement. Preuve que la contestation monte, la pétition contre l’augmentation de la CSG a déjà recueilli 265000 signatures. Hélène Pouyon, militante CGT et retraitée de la métallurgie, refuse de se laisser détrousser. Autour de son cou, elle affiche la couleur: «Des cadeaux pour les riches, des impôts pour les retraités», résumant l’état d’esprit général. «On a de quoi être remontés! Je touche 1500 euros par mois, je travaille depuis l’âge de 14 ans. Mon mari n’arrête pas de me dire que nous ne sommes pas à plaindre, c’est vrai que nous ne sommes pas malheureux, mais nos enfants nous financent certaines vacances, nous ne pourrions pas nous les payer! Nous allons beaucoup moins qu’avant au cinéma, au théâtre, on pouvait davantage se le permettre quand nous avions un comité d’entreprise. Mon mari, en retraite depuis 1991, a estimé la perte de pouvoir d’achat à 25 % depuis cette année-là. »

PIERRE LAURENT, SECRÉTAIRE NATIONAL DU PCF, AINSI QUE DES REPRÉSENTANTS DE LA FRANCE INSOUMISE, COMME LE DÉPUTÉ ADRIEN QUATENNENS, SONT VENUS SOUTENIR LES RETRAITÉS.

« Je devrais perdre 30 à 40 euros par mois avec la hausse de la CSG »Ce trou dans son pouvoir d’achat, Joëlle Pinglot-Barnes, retraitée EDF vêtue d’un coupe-vent de l’Unsa, craint aussi de le sentir passer. « Je devrais perdre 30 à 40 euros par mois avec la hausse de la CSG. Mon mari vient d’être licencié de son travail, ma fille enchaîne les CDD de six

mois car le CDI n’existe plus. Quand je vois la mobilisation d’aujourd’hui, ça me donne envie de continuer. » François, ancien médecin, ne supporte plus les injustices institutionnalisées par Emmanuel Macron : « Les yachts, les jets privés seront exonérés de l’ISF et les retraités doivent payer toujours plus. Quand j’étais en activité, je voyais beaucoup de personnes âgées qui vivaient dans la misère, je leur faisais des consultations gratuites, le gouvernement est dur avec eux. » Échappé de sa plateforme de distribution, Stéphane, facteur syndiqué SUD PTT, tenait à soutenir les retraités mais aussi à dénoncer la casse du Code du travail : « La convergence des luttes est indispensable pour enrayer cette spirale négative. » Certains ont déjà prévu de se retrouver le 10 octobre, date de la mobilisation des fonctionnaires.

CÉCILE ROUSSEAU

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