Agnès Buzyn met fin au remboursement des médicaments anti-alzheimer

18/06/2018

Les médicaments anti-Alzheimer, jugés insuffisamment efficaces et potentiellement risqués, ne seront plus remboursés à compter du 1er août, selon un arrêté officialisant une décision gouvernementale contestée par des associations de malades et de professionnels.

Selon cet arrêté du ministère de la Santé publié vendredi au Journal officiel, la mesure concerne les quatre médicaments (Aricept, Ebixa, Exelon, Reminyl) qui traitent les symptômes d’Alzheimer[1], ainsi que leurs génériques. Ils étaient jusque-là remboursés à hauteur de 15% par l’Assurance maladie, pour un coût de quelque 90 millions d’euros en 2015. Rappelons que Mme Buzyn a accepté récemment de continuer à rembourser les produits homéopathiques dont l’efficacité est loin d’être prouvé… cherchez la cohérence (voir article sur Francetvinfo) !

La ministre de la Santé Agnès Buzyn avait annoncé lundi sa décision, suivant ainsi l’avis de la Haute Autorité de santé (HAS), qu’elle dirigeait avant son entrée au gouvernement.

Mme Buzyn a répété vendredi que cette mesure avait été prise car ces médicaments étaient considérés par la HAS comme « plus nocifs que bénéfiques ».

En octobre 2016, la commission de transparence de la HAS, qui évalue les traitements en vue de leur remboursement, avait jugé que ces médicaments avaient « un intérêt médical insuffisant pour justifier leur prise en charge ». Elle pointait aussi « l’existence d’effets indésirables potentiellement graves ».

Devant l’inquiétude d’associations de malades, la ministre de la Santé de l’époque, Marisol Touraine, s’était refusée à suivre cet avis. Elle avait posé comme préalable à un éventuel déremboursement la mise en place d’un « protocole de soins élaboré par les scientifiques en lien avec les associations de patients ». Ce protocole a été dévoilé le 25 mai par la HAS, via un guide et des fiches pratiques sur la prise en charge des patients souffrant d’Alzheimer et de maladies apparentées. Leur publication a ouvert la voie au déremboursement officialisé vendredi.

La décision de déremboursement a été contestée par six sociétés savantes et organisations professionnelles médicales : la Fédération des centres mémoire, la Fédération française de neurologie, la Société française de neurologie, la Société française de gériatrie et de gérontologie, la Société francophone de psychogériatrie et de psychiatrie de la personne âgée et la Société de neuropsychologie de langue Française. Concernant la dangerosité de ces médicaments, elles ont déclaré dans un communiqué que s’ils sont bien utilisés, en respectant les précautions d’emploi, « ces médicaments n’ont pas montré d’effets délétères ».

Par contre, elles jugent cette mesure « délétère pour les patients et leur entourage » et assurent que ces médicaments « ont prouvé leur efficacité sur la cognition dans la maladie d’Alzheimer, la maladie à corps de Lewy et la démence de la maladie de Parkinson ».

Pour sa part, l’association France Alzheimer juge cette décision « infondée et dangereuse ». « Il semblerait (…) que dans la balance économique, la qualité de vie des personnes malades et de leurs proches ne pèse pas très lourd », a écrit l’association dans un communiqué. « Au-delà de la question de l’efficacité, la prescription des médicaments participait grandement à maintenir un lien thérapeutique entre le médecin et le patient », a-t-elle fait valoir.

Nombre de neurologues et de gériatres sont en désaccord avec le constat de la non efficacité de ces médicaments et de fait avec la décision prise par le ministère de la Santé. S’il n’y a aujourd’hui pas de médicament qui guérisse la maladie d’Alzheimer, « l’efficacité des médicaments, même modeste, existe », déclare Benoit Durant, délégué de l’association France Alzheimer, qui affirme également qu’il « a été prouvé que les arrêts des médicaments engendrent une accélération du déclin cognitif ».

Ainsi, les raisons « médicales » présentées la ministre, pour justifier le déremboursement des médicaments anti-alzheimer, sont infondées. Cette décision relève bel et bien de volonté de faire des économies, sur le dos des malades et de leurs familles, et non d’une prétendue préoccupation médicale.  Mais pour faire passer la pilule, Mme Buzyn annonce que les 90 millions économisés seront « intégralement réorientés vers l’accompagnement des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ». Un accompagnement non-médicamenteux que le personnel médical, les familles et les associations prônent depuis longtemps, mais « en complément des médicaments » comme l’affirme Benoit Durand (France Alzheimer).

Comme l’affirme Olivier de Lacoudette, président de la Fondation pour la recherche sur  l’Alzheimer, cette mesure créera une « médecine à deux vitesses », avec d’un côté ceux qui ont les moyens d’acheter les médicaments, de l’autre, les familles les plus précaires qui vont devoir renoncer à la prise de ce traitement. Une mesure qui s’inscrit dans la lignée de la politique menée par le gouvernement dans le domaine de la santé.

Une politique qui tend à creuser les inégalités d’accès aux soins, à coup de coupes budgétaires, de suppression de la généralisation du tiers-payant et de déremboursement des médicaments, de mise à sac de l’hôpital public avec une dégradation des conditions de travail et une hausse du forfait hospitalier, et ce dans une logique globale de privatisation et de démantèlement de la sécurité sociale incarnée notamment dans le projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale(PLFSS)

Voir aussi l’article  « A propos du déremboursement des médicaments »

[1] La maladie d’Alzheimer, qui se traduit par une dégénérescence du cerveau et des pertes de mémoire, touche, avec d’autres démences, entre 850.000 et 1,2 million de personnes en France, selon les chiffres officiels. Il ne s’agit toutefois que d’estimations, car le nombre réel de malades est difficile à quantifier.
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