Retraites : les salariés modestes payent pour les riches

LA CHRONIQUE DE JEAN-CHRISTOPHE LE DUIGOU (*)

Un système de retraite doit garantir la solidarité entre les générations, mais aussi préserver l’égalité au sein de chaque génération. La « réforme Macron », qui a pour ambition de transformer le système des retraites, ne répond pas à cette exigence. Certes, le système de retraite est aujourd’hui complexe, peu transparent. Il assure cependant une assez forte solidarité. Le président a mis en avant le besoin d’un système « plus lisible ». Manière de cacher d’autres objectifs ? En fait, en préconisant pour le calcul des droits à la retraite, la généralisation du mécanisme par points, sur le modèle des retraites complémentaires du secteur privé, le gouvernement entérine le passage à un mécanisme dit « à cotisations définies » qui fait porter tout le risque quant au niveau de la pension à l’assuré.

Il tire les retraites vers une logique assurantielle. Il fait un peu plus payer les retraités modestes, qui ont une espérance de vie plus courte, et, proportionnellement, moins les retraités riches, qui ont une longue espérance de vie à la retraite. Certes, le temps n’est plus où l’âge de la retraite correspondait en moyenne à l’espérance de vie des ouvriers. Mais l’inégalité ne se réduit pas, comme le montre une récente étude de l’Insee. Pour la période 2012-2016, les 5 % d’hommes les plus aisés ont une espérance de vie à la naissance de 84,4 ans.

À l’opposé, les 5 % de personnes les plus modestes ont une espérance de vie de 71,7 ans. Les hommes les plus aisés vivent donc en moyenne 13 ans de plus que les plus modestes. Chez les femmes, cet écart est plus faible, mais il s’élève tout de même à 8 ans. Cette inégalité est d’autant plus insupportable que la retraite a changé de nature. Le développement de la protection sociale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, en transformant les conditions de vie et de travail, a complètement changé les perspectives de la retraite. Les salariés attendent aujourd’hui de la retraite autre chose qu’une protection contre le risque de ne plus pouvoir travailler, donc de ne plus pouvoir subvenir à ses besoins élémentaires.

LES RÉFORMES FRAGILISENT LE PACTE SOLIDAIRE. CEUX QUI ONT UNE ESPÉRANCE DE VIE PLUS COURTE DOIVENT POUVOIR PARTIR PLUS TÔT.

C’est très différent des objectifs assignés en 1910 aux Retraites ouvrières et paysannes (ROP), les premières assurances sociales.

L’allongement considérable de l’espérance de vie en bonne santé a fait que chacun peut espérer vivre une plus ou moins longue période de retraite sans handicap majeur. Ce qui relevait d’une préoccupation de survie, le plus souvent dans la pauvreté, devient une perspective plus sereine au cours de laquelle nombre de retraités s’engagent dans des activités d’intérêt général et social.

Cette perspective d’une vraie retraite pour tous est un véritable changement dans l’organisation de la vie humaine. Elle fait de la retraite un projet personnel, commun à tous les salariés et citoyens, projet qu’il faut collectivement organiser. Mais l’égalisation des conditions au sein de chaque génération n’en devient que plus essentielle.

Les réformes engagées du système de retraite, pour le moment, loin d’apporter des réponses au problème posé, fragilisent le pacte solidaire autour de la retraite. Pour plus d’égalité en retraite, il faut permettre à ceux qui ont l’espérance de vie la plus courte de partir plus tôt. La gestion du système de retraite est complexe et demande en tout cas un débat social transparent sur lequel les salariés et les citoyens doivent pouvoir avoir réellement prise.

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